Wonder Woman, une héroïne contemporaine

Est-ce que Gal Gadot peut faire de Wonder Woman un héroïne pour notre époque ?

Wonder Woman se redresse, elle regarde d’un air grave un désespoir affligé par la guerre, elle commence à courir, en tenant son bouclier en l’air contre une pluie de balles venant de fusils allemands.

“Oui! Vas-y, Gal!” hurle Patty Jenkins, la réalisatrice du nouveau film Wonder Woman, bien emmitouflée dans un manteau bien épais pendant qu’elle regarde la scène sur le moniteur. Quelques minutes plus tard, Gal Gadot (se prononce “gah-DOTE”), l’actrice israélienne jouant l’héroïne principale, s’était aussi  emmitouflée  dans son propre manteau et on lui avait donné une boisson chaude alors qu’elle se faisait ajuster les cheveux et son bandeau. “Brrrrrr,” dit Mme Gadot avec un sourire. “C’est sympa.”

La température, ce matin-là de Février l’an dernier, était glacée, à l’extérieur des studios Warner Bros. à Leavesden, en Angleterre, et Mme Gadot, vêtue de la tenue de Wonder Woman, composée d’un bustier en cuir, une jupe et des bottes aux genoux, venait juste de terminer la énième scène de sa traversée héroïque d’une terre boueuse.

“Le froid, ugh, c’était le plus dur à supporter en tournant ce film,” explique Mme Gadot lors d’une interview à Los Angeles début Mars. Grande et élancée, elle était enceinte de huit mois (elle a depuis donné naissance à sa deuxième fille), avec ses cheveux en queue de cheval et sans maquillage. Elle mangeait des œufs et des fruits avec hâte (“J’ai toujours faim”), elle a facilement discuté de ce rôle qui pourrait la rendre célèbre après que “Wonder Woman” soit sorti le 2 Juin (7 Juin en France).

Ce film sera le premier film de super-héros depuis une décennie à avoir une femme comme personnage principale, et le premier film d’un tel calibre réalisé par une femme. Ce sera aussi la première fois que Wonder Woman – un personnage phare de l’univers DC Comics, qui date de 1941 – sera la star d’un long métrage. D’autre part, les personnages masculins du même calibre sont constamment remis à jour, ce qui reflète que l’on pense générale que les spectateurs des films de super-héros sont le plus souvent masculins.

“Je pense que le studio s’et rendu compte qu’il avait quelque chose à exploiter, à pousser vers une partie plus large de la population qui ne ferait pas forcément partie de la démographie pour ce genre de film,” a dit Charles Roven, l’un des producteurs du film. “Lorsque vous saisissez enfin cette opportunité, vous êtes excités.”

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Lorsqu’on lui demande si elle s’est senti stressée par le fait d’être la première actrice à avoir un rôle titre dans un film de super-héros depuis de nombreuses années, Gal Gadot a rigolé. “Formulé de cette façon là, oui !” a-t-elle dit. “Mais au final, ce n’est pas ce qui va me motiver. J’ai essayé de me concentrer sur ce qui est important pour moi : le cœur du personnage et comment donner le meilleur résultat de la meilleure des façons qui soient.”

Gal Gadot, qui a fait sa première apparition en tant que Wonder Woman dans “Batman v Superman: L’Aube de la Justice” (le deuxième film du DC Extended Universe de Warner Bros.), n’est pas très connue des spectateurs et il s’agit d’un pari pour le studio.

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Gal Gadot, qui a grandi dans une petite ville près de Tel-Aviv, “dans une famille ce qu’il y a de plus normal”, a expliqué qu’elle n’avait jamais souhaité devenir actrice lorsqu’elle était jeune, mais elle a toujours adoré faire des prestations et a même pris des cours de danse dès son plus jeune âge. “Pendant longtemps je voulais devenir chorégraphe,” a-t-elle dit. Après le lycée, on l’a convaincue de participer à l’élection de Miss Israël; elle a été choquée de gagner, et a donc ensuite passé plusieurs mois dans le mannequinat avant de devenir une instructrice au combat dans l’armée israélienne pendant 2 ans.

Après avoir quitté l’armée, elle est entrée à la faculté de droit. “Un directeur de casting a vu ma carte à l’agence de mannequin et voulait m’auditionner pour être une Bond Girl,” se souvient-elle. “Je lui ai dit ‘Non, je ne suis pas actrice, c’est en anglais, ça ne sert à rien.’ Je n’y suis allée que pour rendre mon agent heureux.” Elle n’a pas eu le rôle (Olga Kurylenko l’a eu), mais le processus de rappels et d’essais caméra ont réveillé en elle cette intérêt pour le cinéma.

Elle a débuté des cours pour devenir acteur, et quelques mois plus tard, elle a été embauché dans une série de télévision israélienne, et ensuite a décroché un rôle dans la franchise “Fast & Furious”. “J’ai eu beaucoup de chance, mais je ne pense pas que j’ai explosé ensuite,” a-t-elle dit. “Je suis arrivé à un point où, juste avant ‘Wonder Woman’, j’ai eu tellement de “peut-être / bonnes” auditions, de bons tests caméra, mais jamais le rôle, que j’étais prête à abandonner et à retourner en droit.”

Son mari, Yaron Versano, l’a persuadé de s’accrocher jusqu’au jour où elle a eu un appel de Warner Bros. pour audionner pour un rôle inconnu, qui se révélera ensuite être Wonder Woman dans “Batman v Superman : L’Aube de la Justice”. Après “six semaines de torture”, elle a appris qu’elle avait obtenu le rôle et a débuté un entraînement physique intensif pour se préparer au rôle. Alors qu’elle savait qu’un film solo pour Wondr Woman était une possibilité, rien n’était confirmé. “Je pense qu’is avaient besoin de savoir si j’en étais capable,” dit-elle.

La route vers le film de Wonder Woman été très longue pour Warner Bros. avec plusieurs projets en développement datant des années 90, avec des nombreux réalisateurs comme Joss Whedon, qui étaient en négociations pour y participer plusieurs fois. Fin 2014, le studio cherchait une femme pour le réaliser, Michelle MacLaren avait signé mais est partie des mois plus tard, pour des divergences créatives. Le studio s’est tourné vers Patty Jenkins, connue pour le film “Monster.”

“Cela faisait 10 ans que je leur parlais de Wonder Woman,” a dit Mme Jenkins durant une récente interview via Skype. “Ils étaient intéressés, mais ils avaient une idée précise de ce qu’ils voulaient, et ils ne pensaient pas que je conviendrais. Ensuite, je pense qu’ils ont compris qu’ils iraient bien dans ma direction.”

Cette direction, a-t-elle dit, était “une histoire d’origine sans chichis, qui soit vraie à l’esprit de Wonder Woman, une bonne histoire d’amour et surtout de l’humour.”

[…] Gal Gadot a expliqué qu’après avoir eu le rôle, les fans ont critiqué ses seins parce qu’ils étaient trop petits. Elle a dit qu’on lui demandait souvent comment concilier le costume qui ne cache rien et le message véhiculé par le film. (L’an dernier, les Nations Unies ont enlevé le titre d’ambassadrice honoraire pour les femmes et les jeunes filles à Wonder Woman après que des milliers de personnes aient protesté par une pétition dénonçant son apparence dans les bandes-dessinées.)

“En tant que féministe, je pense que l’on a le droit de porter ce que l’on veut !” dit-elle. “Dans ce cas, il a un malentendu sur le concept. Le féminisme, c’est l’égalité, le choix et la liberté. Les scénaristes, Patty et moi avons trouvé le meilleur moyen, et c’est de montrer que Diana n’a aucune connaissance des rôles dans la société. Pour elle, tout le monde est égal.”

Mme Jenkins, la première femme a réaliser un film de super-héros, a répondu avec un ‘non’ ferme lorsqu’on lui a demandé si elle se sentait dévisagée. “Je n’y pense pas,” a-t-elle dit. “Je voulais juste faire un bon film sur un personnage universel, fantastique et ne pas être concerné par pleins de problèmes.”

Mais Robin Wright, qui interprète la tante et mentor de Diana, Antiope, explique qu’elle ne pensait pas qu’un film de super-héros sur une femme, réalisé par une femme, soit un moment décisif. “Nous étions la majorité, ils étaient la minorité,” a-t-elle dit. “Il y avait beaucoup d’œstrogène sur le tournage ! C’était vraiment super d’avoir de nombreuses femmes travaillant sur ce film. C’était un travail physique difficile mais vraiment fantastique.”

En réflexion sur le film, Gal Gadot a expliqué qu’en tant que mère de deux petites filles, elle était fière d’avoir joué un super-héro qui peut apporter un nouvel exemple. “Nous avons eu déjà tant d’histoire portée par des hommes, donc, plus d’histoires portées par des femmes nous avons, le mieux ce sera, ” a-t-elle dit. “Je suis sure que le film inspirera des filles, mais vous ne pouvez pas valoriser les femmes sans valoriser les hommes aussi. J’espère que Wonder Woman sera un exemple pour eux aussi.”


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